"La canicule montre les limites du système de santé"

Ce titre est celui d'un de mes articles publiés en 2003. Vingt-trois ans plus tard, il est toujours d'actualité. A quoi sert-il d'écrire, de décrire le monde, si cela ne contribue pas à l'améliorer ?

Revenons-en aux faits
2 min ⋅ 25/06/2026

Juillet 2003. Cela fait un peu moins d’un an que je suis journaliste pour un site internet destiné aux professionnels de santé. En quelques mois, je suis devenue familière des thématiques de santé publique, de politique et d’économie de la santé. Je suis en charge des actualités socio-professionnelles du site, je ne touche pas aux sujets scientifiques. Je ne le sais pas encore mais je suis entrée dans le groupe des journalistes de la “protsoc” (=> protection sociale), groupe dans lequel je resterai de longues années.

La grande majorité des collègues est partie en vacances. Nous ne sommes plus que deux à “tenir la boutique”, un informaticien et moi. Les deux derniers recrutés.

Il y a quelques semaines, j’ai couvert mon premier mouvement social. Les urgentistes, emmenés par leur syndicat Amuf (Association des médecins urgentistes de France) ont décrié une politique de permanence des soins défaillante, qui faisait courir à la catastrophe le système de santé si d’aventure un grain de sable venait se glisser dans les rouages de l’organisation des soins. L’été, comme tout le monde, les professionnels de santé, hospitaliers et libéraux, partent en vacances. Oui, mais voilà, les Français - et les touristes - ont comme le reste de l’année besoin de recourir au système de santé. Or, l’organisation sanitaire ne prévoit pas, ou mal, de remplacer ses personnels pendant leurs vacances. Nous sommes au début de l’été 2003 et personne ne se doute encore de la catastrophe qui s’annonce.

Le 28 juillet 2003, je titre un article : “Urgences, mieux vaut ne pas être malade cet été!” J’y rapporte que selon le ministère de la Santé, 11,6% des lits d’hôpitaux seront fermés tandis que l’association des urgentistes estime de son côté que le taux de fermeture sera plutôt de 30%. Le 14 août, j’écrirai que “la canicule montre les limites du système de santé”. Au fur et à mesure des jours, on rase les murs dans les rues, on cherche de l’ombre, des espaces frais et on compte les morts. On ne sait d’ailleurs pas bien quoi faire de tous ces corps… Je passe mes journées à appeler des soignants, un peu partout, pour recueillir leurs témoignages. Ils n’en peuvent plus, ils craquent et se sentent à mesure que les jours passent de plus en plus incapables de faire leur métier correctement.

Selon le rapport de la commission d’enquête parlementaire qui suivra cette canicule de 2003, “ce sont donc, au total, près de 15 000 décès qui sont à déplorer du fait de la canicule”. Entre le 4 et le 18 août 2003, 15 000 personnes sont décédées parce que le système de santé n’a rien pu faire pour eux. Les plus cyniques réagiront à ces chiffres d’un revers de la main : pour la plupart, ils étaient âgés. La canicule n’aura fait qu’anticiper un peu leur décès…

La commission d’enquête parlementaire, présidée par le député Claude Evin, a procédé à des auditions du 29 octobre 2003 au 4 février 2004. Près de cinquante personnalités ont été entendues, du ministre de la Santé d’alors, Jean-François Mattéi - on se souvient de son interview désastreuse au journal télévisé de TFI, le 11 août 2003, en pleine crise, où il apparait en polo, dans sa maison de vacances - au ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, en passant par un économiste de la santé, par le PDG de Météo-France, des représentants d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, des professionnels de santé, des pompiers, etc.

J’ai couvert l’écrasante majorité de ces auditions et je le sais aujourd’hui, cette période aura été très formatrice de ma conscience citoyenne. Je me suis passionnée pour ce sujet dont j’ai compris combien il était révélateur de notre façon collective de faire - ou de ne pas faire - société. Il montrait aussi ce que la politique peut et ce qu’elle doit.

Outre cette commission d’enquête parlementaire qui a publié son rapport n°1455 - “ Le drame de la canicule : une gestion déficiente révélatrice d’une crise structurelle” - en mars 2004, de nombreuses autres institutions ont décortiqué cette crise sanitaire. Une mission d’expertise demandée rapidement par Jean-François Mattéi a publié un pavé dès le 8 septembre 2003. Puis, l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), l’INVS (Institut national de veille sanitaire) ou encore l’Igas (Inspection générale des affaires sociales) ont apporté leurs pierres à l’édifice pour dresser des constats, tirer des enseignements et émettre des propositions. Ce drame ne devrait plus jamais se reproduire. On ferait ce qu’il faut.

Pourtant, malgré toute l’énergie déployée pour comprendre comment il fallait procéder pour éviter une nouvelle crise, malgré les discours pavés de bonnes intentions, la main sur le coeur, au fil des ans pour rappeler combien notre système de santé protégeait tous les Français, en 2026, on traverse une nouvelle crise caniculaire qui nous montre que les leçons n’ont pas été apprises. Qu’avait-on vraiment retenu de 2003 ? Dans l’intervalle, le Covid est passé par-là, épidémie révélant à nouveau les lacunes et défaillances du système de santé. En cette fin juin 2026, que peut un professionnel de santé pour un patient sévèrement déshydraté, quand il fait 36° dans une chambre d’hôpital ?

Revenons-en aux faits

Par Sandra Serrepuy

par Sandra Serrepuy …

Professionnelle de l’information depuis plus de vingt ans, intéressée par tout ce qui nous permet de faire société : de l’aménagement du territoire à l’éducation, en passant par la place des femmes dans la société.

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