En ce mois de mars 2026, j’ai recensé 107 annonces sur le marché de l’emploi des journalistes en France. S’il n’y a aucune raison de penser que l’intégralité des offres est passée sous mes yeux, il est toutefois réaliste de considérer qu’au moins en termes de proportions, le camembert ci-dessous reste révélateur des grandes tendances du marché de l’emploi des journalistes en France.
Pour parvenir à ce résultat, j’ai suivi quotidiennement, depuis le 1er mars, les différentes plateformes utilisées par les entreprises, de LinkedIn à Hellowork en passant par Welcome to the jungle ou encore Indeed, puis comparé le fruit de mes recherches au canal de “job alert” de la journaliste Barbara Delad, créé sur Instagram il y a un peu plus de six mois et suivi par plus de 4 200 professionnels.
J’ai qualifié les données ainsi récoltées, écartant volontairement les annonces d’entreprises qui recrutent des journalistes pour faire autre chose que du journalisme (relations presse, communication) mais conservé les annonces de collectivités territoriales, de municipalités, qui recrutent des journalistes pour s’occuper de magazines municipaux : ce sont les 10,3% de fonctionnaires qui apparaissent dans le camembert.
Il importe de garder à l’esprit qu’il s’agit d’un point de situation de l’état du marché du travail en ce mois de mars, période au cours de laquelle les entreprises médiatiques entament leur recherche d’alternants qui intégreront leurs effectifs en septembre et cherchent des stagiaires pour compenser à faible coût les départs en vacances de leurs titulaires cet été. Toutefois, en janvier et février, j’avais déjà établi des statistiques à partir des annonces recensées par Barbara Delad et le pourcentage des CDI était équivalent, oscillant entre 27 et 28%, tandis que celui des CDD s’établissait entre 14 et 15%.
Bon an mal an, les médias semblent recruter en faisant le choix d’une certaine précarisation du métier. Bien entendu, il faut former les jeunes, leur permettre de mettre un pied dans la porte, de faire leurs armes. C’est important. Mais quand stagiaires et alternants représentent grosso modo la moitié des recrutements, on est en droit de s’interroger. Les profils recherchés sont par ailleurs généralement exigeants, non pas s’agissant de connaissances pointues de tel ou tel sujet, mais sur les compétences techniques : les recruteurs recherchent des couteaux suisses, capables d’écrire, de filmer, de monter, de faire du plurimedia, de créer des formats courts qui génèrent du clic, à l’aise avec le SEO. Les longs formats, les enquêtes fouillées ne sont, à en croire ces annonces, plus dans l’air du temps.
Sans surprise, les femmes moins bien payées
En 2025, la Commission de la Carte d’Identité des Journalistes Professionnels (CCIJP) a délivré 34 784 cartes, dont 1 858 premières cartes. 67,4% des cartes renouvelées concernent des journalistes en CDI, soit 23 461 personnes. 3 228 journalistes en CDD et 4282 pigistes ont également reçu leur carte. Pour se voir accorder une carte de presse, il faut répondre aux exigences inscrites dans le Code du Travail : “ est journaliste professionnel toute personne qui a pour activité principale, régulière et rétribuée, l’exercice de sa profession dans une ou plusieurs entreprises de presse, publications quotidiennes et périodiques ou agences de presse et qui en tire le principal de ses ressources”.
Autrement dit : les 34 784 détenteurs de la carte de presse en 2025 ne représentent pas l’ensemble des journalistes français. En effet, compte tenu de l’état du paysage médiatique, bon nombre de professionnels ont une autre activité en parallèle du journalisme (enseignement, édition, communication,…). Si les revenus qu’ils tirent de cette activité parallèle dépassent ceux liés au journalisme, ils perdent leur carte de presse. Dit autrement : tous les détenteurs de la carte de presse sont des journalistes mais tous les journalistes ne sont pas détenteurs de la carte de presse. Il n’y a de toutes façons aucun caractère d’obligation à avoir une carte de presse pour exercer le métier de journaliste.
L’opérateur de compétences Afdas établit de son côté que, si en 2009, les CDI représentaient la moitié des contrats proposés aux primo-accédants à la carte de presse, dix ans plus tard, ils ne sont plus que 27,9%. Les journalistes qui demandent pour la première fois leur carte de presse travaillent donc majoritairement dans des conditions précaires.
Par ailleurs, dans une interview accordée à France Inter en janvier 2023 (lire ici), Béatrice Wautelet, alors présidente de la CCIJP, soulignait la féminisation du métier et pointait : “On dit que quand un métier se féminise, c'est un signe de précarisation”. Sans surprise, l’Afdas relève un écart de salaire de l’ordre de 10% en défaveur des femmes dans le secteur du journalisme.
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